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JE SUIS UN SUPER-HEROS

Je suis un super-héros !

Cette phrase inconsciente qui me laissait entendre que j’avais des capacités surhumaines, j’ai dû la prononcer des milliers de fois et ce, pendant des années.

Des années à penser que mon perfectionnisme poussé à l’extrême était un gage d’excellence.

Des années à croire que j’étais invulnérable et surtout irremplaçable.

Des années à nier que je vivais du stress et à cacher à mon manager que j’étais faillible.

Alors, plutôt que de faire tomber le masque du manager super-héros, je préférais me réfugier derrière de pitoyables prétextes : « Je ne suis pas stressé. Je suis speed. J’aime que les choses aillent vite… ».

Et pour aller vite, j’allais vite ! Je courais constamment, mais jamais pour le plaisir de courir, en pleine nature, le nez au vent. Je courais dans les couloirs pour aller d’un bureau à l’autre. Je courais dans ma tête, assailli par les milliers de pensées qui se bousculaient dans mon esprit. Je courais pour être le premier. Je courais pour être en avance, et surtout pour ne pas être en retard. Je courais, sans jamais m’arrêter, le temps de laisser mon cerveau et mon corps reprendre leur souffle.

Je mangeais vite, sur mon bureau, les yeux rivés sur mon ordinateur, oubliant le goût des choses et le plaisir de savourer le temps de ma pause déjeuner.

Et par-dessus tout, je travaillais vite et j’en étais fier. Fier de répondre instantanément aux sollicitations de mon manager, de mes équipes et surtout des clients qui, entre nous, n’en demandaient pas tant. Fier d’être capable de mener dix tâches de front. Fier d’offrir une totale disponibilité à mes interlocuteurs en disant « oui » à toutes leurs demandes. Et ce que je m’imposais à moi-même, évidemment, je l’imposais à mes collaborateurs. Je voulais tout, tout de suite !

Je me réveillais à 4 heures du matin en anticipant la journée du lendemain, en continuant à galoper dans ma tête, pour être toujours en tête et pour être reconnu dans mon job. Et ne parvenant pas à me rendormir, je me campais devant mon PC et j’envoyais des mails au milieu de la nuit, ne me souciant pas de l’impact que pouvait avoir mon message sur son destinataire.

A cette époque, j’étais manager dans une agence de communication événementielle, et je cumulais sans le reconnaître 6 fonctions différentes chez n’importe lequel de mes confrères.

Trop heureux de pouvoir s’appuyer sur un collaborateur super-polyvalent, super-disponible, super-créatif, super-engagé et super-loyal, en lui laissant croire qu’il était un véritable super-héros pour son entreprise, mon manager a été l’instrument principale de ma chute.

Car je suis tombé de haut, de très haut. Et cela a fait mal, très très mal. Un violent burn-out qui m’a fait plonger dans un état dépressif profond qui a duré plusieurs années.

Il a suffi d’une promotion, d’une responsabilité supplémentaire, pour me faire comprendre que j’étais allé trop loin, que je n’avais ni le costume super-moulant et sexy, ni les super-pouvoirs du super-héros que je pensais être.

Il a surtout suffi d’une séance de coaching pour réaliser que cette promotion, étonnamment accompagnée d’une perte d’autonomie et de responsabilités, n’était qu’une illusion.

Et pourtant, cela faisait des mois que le masque était tombé, le costume déchiré, mes super-pouvoirs anéantis, que l’énergie s’était envolée, que le héros était super-épuisé.

Trop de combats menés contre des ennemis invisibles que sont le temps, le stress intense et chronique*, la pression économique, la pression du numérique, la pression du jugement des autres.

Le dernier combat était perdu. J’étais K.O ! Un combat mené sans le savoir contre mon pire ennemi : moi-même. Et c’était le chaos !

Pourtant, il y en avait eu des signaux forts depuis ces derniers mois… J’errais comme un zombie errant de bureau en bureau. Je restais face à mon écran d’ordinateur, le regard vide, sans possibilité d’aligner deux idées. J’accumulais les pertes de mémoire, de concentration et d’attention, allant jusqu’à multiplier les erreurs. Je m’isolais dans une bulle toxique remplie de pensées sombres, voire suicidaires, nourries par mon sentiment d’échec, par ma rancœur et ma colère envers mon entreprise, et surtout envers moi-même. Je multipliais les arrêts maladie, car mon corps me rappelait à l’ordre, et exprimait à travers mes maux physiques tous les mots que je retenais et étouffais, de peur « d’aller au clash ».

Et il y a eu la goutte d’eau ! Le mot de trop, la phrase qui tue, qui a transformé la goutte d’eau en tsunami. J’étais submergé, noyé par l’ingratitude et le manque de reconnaissance…

C’en était fini du super-héros. Il était mis à l’arrêt… Un arrêt maladie de plus de 2 ans pendant lesquels j’ai dû repenser ma relation au travail, changer mon mode de pensées, changer mon sens de la perfection, mon rapport au temps, changer la manière de vivre et de gérer mon stress…

J’ai compris que je pouvais développer mes véritables super-pouvoirs. Car, ils étaient là, bien présents, endormis. Il suffisait que je réalise que je pouvais les utiliser pour les réveiller et les activer au bon moment : le pouvoir de la respiration, le pouvoir du lâcher-prise, le pouvoir de l’instant présent, le pouvoir de l’intelligence émotionnelle, le pouvoir de l’écriture, le pouvoir de l’optimisme, le pouvoir de la visualisation positive, le pouvoir de la lenteur…

Mais, par-dessus tout, j’ai compris que je devais changer de job et mettre mes nouveaux super-pouvoirs au service du bien-être des salariés et des managers, avant qu’il ne soit trop tard.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé le sens de ma mission. Je suis là où je dois être. Je suis aligné. Le burn-out m’a sauvé et remis sur le bon chemin.

Et je peux l’affirmer haut et fort : je suis un super-héros !

 

*les métiers d’organisateur d’événements et de responsable de communication sont les 5e et 6e métiers les plus stressants selon l’étude de 2019 du groupe américain Careercast.

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